Les femmes dans l’IA et la science des données : entretien avec la Prof. Dr Mascha Kurpicz-Briki
Pour cet article, nous avons rencontré la Prof. Dr Mascha Kurpicz-Briki, professeure d’informatique et chercheuse dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Prof. Dr. Mascha Kurpicz Briki
Quel est l’état actuel de la répartition des genres dans l’IA et la science des données, en particulier en Suisse ?
Les données disponibles montrent un déséquilibre clair et persistant. À l’échelle mondiale, la part des femmes dans les métiers de l’IA se situe entre 20 et 30 % [1] [2]. En Suisse, cet écart est également marqué. Les femmes ne représentent qu’environ un quart des personnes employées dans le secteur technologique [3]. Si l’on considère plus spécifiquement les professions techniques, cette proportion est encore plus faible. Par exemple, la part des femmes dans les formations professionnelles en ICT est d’environ 16 % et stagne à ce niveau depuis de nombreuses années [4].
C’est regrettable, car ces professions sont passionnantes et constituent aussi un excellent choix pour les femmes : elles nécessitent des solutions intelligentes et créatives pour des applications concrètes, dont l’utilité est souvent immédiatement visible dans la pratique.
Pourquoi cette sous-représentation est-elle problématique d’un point de vue scientifique et sociétal ?
Du point de vue scientifique, il est essentiel de comprendre que les systèmes d’IA fondés sur les données ne sont pas neutres. De nombreuses études montrent qu’ils peuvent reproduire des biais déjà présents dans la société. Cela se produit notamment lorsque les données utilisées et les équipes de développement manquent de diversité. De tels biais constituent l’un des principaux risques des systèmes d’IA actuels pour l’ensemble de la société.
Le développement de ces systèmes nécessite donc des perspectives variées afin de pouvoir poser les bonnes questions. Cela ne concerne pas uniquement le genre : la diversité sous toutes ses formes est importante dans ce contexte. Plus les points de vue différents peuvent être intégrés, tant lors du développement que lors de l’utilisation et de l’acquisition de telles solutions, plus il est probable que les risques soient identifiés tôt et traités de manière proactive.
Que faut-il concrètement pour attirer davantage de femmes vers l’IA et la science des données, et quel rôle jouent des initiatives comme Women in Data Science Zurich ?
Des facteurs à la fois structurels et culturels doivent être pris en compte. Il s’agit notamment de soutenir les femmes tout au long du parcours, de la formation jusqu’au développement de carrière. Parallèlement, le manque de réseaux et de visibilité peut constituer un obstacle important, tout comme des représentations culturelles associant encore les professions techniques à certains rôles, qui persistent malheureusement dans les mentalités.
La visibilité d’autres femmes en tant que modèles est également un aspect essentiel. Un bel exemple est la conférence Women in Data Science [5], qui se tient régulièrement à Zurich. De tels événements créent des plateformes d’échange et renforcent la visibilité du sujet. Il est d’ailleurs déjà possible de s’inscrire pour l’édition qui aura lieu en juin : https://www.wids.ch/
[1] https://www.unesco.org/reports/science/2021/en/women-digital-revolution
[2] https://www.ilo.org/resource/news/new-ilo-data-confirm-women-face-higher-workplace-risks-generative-ai-men
[3] https://www.diversity-inclusion-platform.ch/the-unseen-code-unlock-switzerlands-female-tech-potential/
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